Symbolisme de la
roue (par Françoise)
La roue allie plusieurs symboles géométriques simples :le
cercle, le point, les droites. Il y aura donc ici une idée de cycle
et de mouvement. Selon le nombre de rayons elle peut avoir des
significations différentes. On la retrouve là encore dans toutes
les traditions, en Bretagne, chez les Amérindiens et aussi chez les
Bouddhistes.
Généralités
Du fait de l’idée des cycles, elle a été associée au
Soleil en mouvement au fil des saisons, les rayons de la roue
évoquant ceux de l’astre. C’est ainsi qu’on la
trouve sur les monuments antiques de l’Egypte, de la Chaldée,
de l’Inde, du Mexique, de la Palestine, du Pérou, des Gaules,
de la Scandinavie, dans les monastères bouddhistes…
A quatre rayons elle représente l’expansion dans les
quatre directions, le rythme quaternaire de la lune et des
saisons.
A cinq rayons, elle est le symbole de l’harmonie qui doit
exister entre le monde céleste et le monde matériel.
A six rayons, c’est la rouelle solaire des Gaulois,
projection en 2D de la croix 3D à 6 branches dans les 6 directions,
dont les Chrétiens firent le chrisme (les rayons sont transformés
en I, X ou en P). C’est la roue de Vie des Bouddhistes dont
les rayons représentent les 6 mondes (monde des dieux, des hommes,
des titans, des enfers, des revenants et des animaux).
A huit rayons, c’est la croix celtique, figurant les 8
directions, symbolisant la régénération et la roue des fêtes de
l’année. Elle s’identifie à la fleur de lotus et à
l’octogone des Pa-Koua chinois (les 8 trigrammes pour les
huit directions). Dans la tradition bouddhiste, elle est le
dharmachakra ou roue de la loi, synthèse de l’enseignement du
Bouddha et de l’octuple sentier. Le centre de la roue, le
moyeu, symbolise le point lumineux de la conscience d’où
rayonnent les facultés psychiques.
Historique
La roue est une invention qui date de la fin de la préhistoire,
environ 3500 ans avant Jésus Christ
Cette invention transforma l'être humain:
- Avancées technologiques dans les domaines du transport, de la
création d'objets et de la réalisation de machines (poulie,
moulin...)
Elle rend possible de nouveaux modes de transmission et de
multiplication des forces, permet de capter de nouvelles sources
d'énergie
- Actrice primordiale de l'évolution de l'homme au niveau
intellectuel et cosmogonique
Définition
"La roue est un organe plat de forme circulaire tournant autour
d'un axe."
"Un organe plat"
Pièce élémentaire de machine, elle-même outil. La machine
doit presque tout à la roue. La roue sert donc à effectuer des
tâches, il s'agit de notre travail quotidien. Elle nous permet de
nous réaliser, de tout mettre en oeuvre pour développer notre
être.
Pour Jung, la roue est le symbole utilisé par notre inconscient
pour nous signifier d'établir et d'épanouir la totalité
potentielle (Dictionnaire des rêves)
"de forme circulaire"
Qui décrit un cercle, elle
se réfère donc au symbolisme du cercle, associé quant à lui aux
cycles de la vie, aux révolutions cycliques auxquelles sont
soumises toutes les manifestations. Ainsi la roue symbolise
l'ensemble du cosmos et ses développements cycliques qui génèrent
la vie.
"tournant"
Implique une notion de mouvement, de
déplacement. Ce sont les mouvements continuels auxquels sont soumis
tous les êtres et les choses manifestées.
Tourner en rond autour d'un axe: rester scellé au coeur.
Le mot roue est à la racine de "rouler, roulement, roulade,
roulette, rouage, route...", la roue de la Fortune également,
Fortuna étant la déesse qui gouverne le destin. Il s'agit donc ici
du dé-rou-lement de la vie.
"autour d'un axe"
Axe, du Latin axis "essieu",
c'est la partie centrale d'où partent les rayons découpant le
cercle en plusieurs sections. Ces divisions rendent le cercle
dynamique. le zodiaque et les cycles annuels se représentent sous
la forme d'une roue engendrant l'idée de renouvellement mais aussi
d'inconstance des choses en devenir.
La roue tourne toujours: "La vie de l'homme roule, instable comme
les rayons d'une roue de char." (Anacréon 580 avant JC)
De tout cela on peut en déduire que la roue est un symbole du
monde.
Constitution d'une roue
Jante
Partie de la roue qui assure le
roulement, l'inertie et la rigidité.Elle reste soumise aux lois:
roue de la vie, roue de la loi (Inde), roue du dharma, savoir qui
libère de la souffrance (chez les Bouddhistes)
Elle représente la circonférence, et donc les manifestations
produites par l'irradiation du centre.C'est le signe du monde
manifesté qui ne cesse de rouler, c'est-à-dire qui ne cesse de se
transformer.
La jante est en lien direct avec les rayons qui sont reliés avec le
centre. C'est la partie qui tourne, plus ou moins rond, en
subissant accessoirement des chocs. Elle témoigne de l'harmonie ou
de la disharmonie de l'ordre des choses ou Loi. Les chocs sont les
embûches de la Vie et font partie de notre résistance (ou aide) à
l'évolution. En rotation permanente la roue implique la bonne
décision qui permet d'aller de l'avant vers son but en ligne
droite.
Moyeu
C'est la partie centrale dans laquelle s'emboitent les rayons.
Au cours du mouvement seul le moyeu de la roue semble rester fixe.
C'est le symbole du Principe Immuable, point où est concentrée
toute l'énergie; c'est de là que se dégagent le pouvoir décisif, la
manifestation, d'où la qualité de notre engagement. Il assure la
cohésion entre les différentes parties de la roue. C'est le milieu
entre les extrêmes représentés par deux points opposés de la
circonférence. C'est aussi le lieu où les oppositions se résolvent
dans l'unité, où tous les êtres, toutes les choses trouvent leur
équilibre dans la parfaite simultanéité de l'éternel présent (cf
symboles asiatiques)
Les rayons
Qui dit rayons dit rayonnement, ce qui renvoie au symbolisme
solaire. Le Soleil dispense de la lumière, de la chaleur sans
lesquelles aucune vie ne serait possible.
Ils sont les liaisons entre le centre et vers la jante, vers la
circonférence. Ils ont un rôle primordial. Ils transmettent la
puissance du moyeu vers la jante et assurent la solidité de
celle-ci.
Selon la qualité du déplacement, les rayons peuvent exprimer des
actions fécondantes, des qualités spirituelles ou matérielles. Les
rayons du soleil peuvent réchauffer, stimuler ou féconder.
Les rayons peuvent se casser sous un ou des chocs. Il faudra
réparer, relier à nouveau le centre à la jante, retourner vers le
centre. Les rayons du soleil peuvent également, s'ils sont trop
chauds, assécher, brûler, dévaster; ou s'ils viennent à manquer, la
glace recouvre tout et la vie s'arrête également. Dans notre vie
cela se traduit par: surmonter les contradictions apparentres entre
deux extrêmes et retrouver l'harmonie en soi-même et avec le monde
extérieur. (L'harmonie n'est rien d'autre que le reflet de l'unité
principielle dans la diversité du monde manifesté.) Pour y
parvenir, il convient de suivre le "Dharma", source de la nature
essentielle de tous les êtres manifestés
En permettant à la roue de tourner, les rayons confèrent une
valeur dynamique, comparable à celle du devenir.
Dans la doctrine Bouddhiste, la roue du Dharma se définit comme
suit:
Le moyeu représente l'exercice de la discipline éthique
Les rayons, l'application de la sagesse
La jante, l'exercice de la concentration.
"La Roue de la Loi, mise en mouvement, libère l'être humain de
l'épreuve de la souffrance en lui montrant le chemin de la sagesse"
(Premier sermon du Bouddha)
Dans l'Hindouisme, la roue représente la structure des mondes et
de l'individu dont le moyeu est le coeur, les rayons ses facultés,
et les points de contact avec la jante, les organes de perceptions
et d'action.
Dans le Tao Tö King, les rayons de la roue convergent au moyeu,
ils convergent donc vers le vide, et c'est grâce à ce vide que le
char avance. Un vase est fait d'argile, mais c'est son vide qui le
rend propre à sa tâche. Une demeure est faite de murs percés de
portes et de fenêtres, mais c'est leur vide qui la rend habitable.
Ainsi l'homme construit des objets, mais c'est le vide qui leur
donne sens. C'est ce qui
manque qui donne la raison d'être.
Le centre ne représente-t-il pas l'ETRE? A partir de l'ETRE, il
y a manifestation pour le AVOIR. Peut-être est ce pour cela qu'il
faut être avant d'AVOIR et non Avoir pour Etre?
La roue évoque également le SOi, le Centre de l'homme spirituel
dans la cohésion de l'ensemble dans l'unité, d'où part toute la Vie
qui roule (selon Jung). Cela évoque la divinisation ou la
révélation qui se trouve dans le zodiaque signifiant Roue de la
Vie.
Comme le cercle, la roue contient. Elle n'a ni commencement ni fin,
elle n'admet ni haut ni bas (ce qui est en bas passera par le haut
et inversement): elle symbolise le TOUT. Il n'y a qu'en son centre
que l'on peut espérer retrouver le Grand Equilibre.
La roue est l'emblême de la dortrine bouddhiste. Rien ni
personne ne peut prétendre se situer en dehors de cette roue,
communément appelée Roue de la Loi ou Roue du Savoir. Une roue
similaire est présente sur le drapeau de l'Inde.
Toujours en Inde, en Sanskrit, roue se dit "chakra". Les sept
chakras principaux sont les sept portes des sept cieux qui
conduisent à l'auto-réalisation. A l'origine ce mot désignait un
disque de métal symbolisant le pouvoir d'un raja: chakravarti,
celui qui fait tourner la roue de la destinée des hommes, celui qui
tient leur vie dans ses mains.
Chez les Amérindiens, la Roue de médecine signifie: le cercle de
la connaissance qui nous confère un pouvoir sur notre vie. Dans le
langage des peuples natifs de l'Amérique, "médecine" signifie
énergie, force vitale inhérents à la Nature. La roue de médecine
enseigne la façon de retrouver notre équilibre en renouant notre
lien à la Terre.
L'homme de Vitruve de Léonard de Vinci s'inscrit dans un cercle
dont le centre est son nombril.
La roue est aussi le symbole principal du dixième arcane du
tarot de Marseille, dont le nom même serait un anagramme du Latin
Rota qui signifie Roue. Elle y représente principalement
l'impermanence, l'alternance des cycles qui se répètent à
l'infini, la vie avec ses hauts et ses bas, le karma, le
destin, la roue du samsara, le tourbillon générateur de
vie.
Dans l’art héraldique, la roue symbolise le mouvement
éternel, ce qui en fait est le plus stable dans l’univers
(il n’y a de permanent que l’impermanence
– Koan zen)